samedi 28 juillet 2012

BOUSSAC NOMEXY SON HISTOIRE

Tissage Boussac  rue de l' Estrey à Nomexy
Boussac Nomexy la filature, la centrale, les cités

le chateau de Mivoisin


Pour les générations qui n'ont pas connu l' Empire Boussac, voici quelques notes sur les usines de celui que l'on appelait le Roi du Coton et qui de son temps fut un des hommes les plus riches du monde. Son service social était unique.


BOUSSAC : LES USINES
Chaque usine a été achetée pour une raison bien précise soit liée à son histoire, sa production... Le groupe Boussac a toujours raisonné en ces termes afin de produire de A à Z un panel complet des produits textiles. Tour du propriétaire des principaux tissages et filatures.

Golbey : tissage

Spécialisé dans la fabrication de mouchoirs "Tissgar" et "Tissgarlux" confectionné à Rambervillers (180 000 douzaines mensuellement) et la gabardine utilisée dans les usines de Blainville, Lunéville et Dombasle. Cet ancien tissage Ziegler a été racheté en 1928. Cette manufacture hébergeait 336 métiers automatiques en 1953, qui tissaient chaque mois 300 km de tissu.

Les Grands sables (WOCO) et Saint-Laurent à Epinal : Filature et tissage

Spécialisés dans la confection des tissus "Ghislaine", "Far-West" ainsi que divers vichys, 645 métiers à tisser. Production par jour : 26 000 mètres de tissu. L'usine de Saint Laurent est spécialisée dans les calicots, les renforcés et les croisés. L'usine possédait par ailleurs une centrale hydraulique depuis 1947 qui fournissait 8 millions de kwh par an.

Senones : tissage

Usine installée dans l’abbaye bénédictine de granit rose, joyau d’architecture des XVII et XVIIIe siècle. Autrefois, Senones était la capitale d’une petite principauté, enclave de l’empire allemand en terre lorraine, appartenant aux princes de Salm. La frontière de ce minuscule état passait par Moyenmoutier et Senones. L’ardeur des moines constructeurs qui peuplaient l’état fit naître les abbayes d’Etival, Moyenmoutier, de Senones et d’autres lieux de culte dans la région.
La renommée de Senones était importante et sous le règne de Dom Calmet, historiographe réputé, Voltaire y fit quelques séjours, puisant inlassablement dans les trésors d’érudition renfermés dans la magnifique bibliothèque. Ainsi qu’il est dit plus haut, les bâtiments actuels datent des XVII et XVIIe siècles. Le cloître subsistant encore en partie. L’église détruite pendant la révolution a été reconstruite par la suite.
En 1793, la petite principauté obtint son attachement au territoire français et les propriétés des princes et des abbayes furent vendues comme biens nationaux. La première industrie naquit à Senones vers 1806. A cet époque , un anglais installa dans l’abbaye vide, une filature mécanique qu’actionnait un moulin. Ensuite, Senones a comptabilisé 24 000 broches, un tissage de 600 métiers (production quotidienne 27 000 m de tissus de chemises de travail).

Nomexy : filature , tissage, préparation centrale, apprêts. Confection. Teinture,
En 1880, M Peters, Martinot et Pignet viennent s’installer à Nomexy sur d’anciennes
houblonnières. La première filature prend place aux lieu dit la Héronnière, route nationale Metz-Besançon. Elle tourne à l’époque avec 8400 broches de continus et 12 ouvriers.
L’année suivante, Victor Peters en devient le seul propriétaire et exploite 407 ouvriers. En 1900 de nouvelles extensions ont lieu avec 80 000 broches de continus à filer et elle se classe 3e du département des Vosges. Elle emploie alors 554 ouvriers venus des villages alentours. En 1895 pour étendre son industrie, Peters construit à Xafontaine un tissage de coton. On y fabrique également des cretonnes, des calicots (toile) croisés avec des serviettes. Il y 128 métiers à tisser au départ puis 502 et 225 ouvriers. A cette époque, Nomexy comptait 2400 habitants.
En 1917, Marcel Boussac jète son dévolu sur cette entreprise. La première guerre mondiale lui fournit des débouchés inattendus notamment avec la cretonne et l’écru. Sa teinturerie « Grand teint » est unique dans le genre. Le tissu Boussac était en effet le seul qui ne déteignait pas. Le tissage de la rue de l’Estrey compta jusqu’à 480 salariés pour deux équipes et il possédait 832 métiers à tisser.On y fabriquera le célèbre VICHY mis à la mode par la plus belle femme du monde en 1959 Brigitte Bardot lors de son mariage avec Jacques Charrier , l'ensemble a été créé par le grand couturier "Esterel"  C’était l’un des plus importants en tissé teint en Europe. Filature avec 24 000 broches, un tissage de 854 métiers (production quotidienne : 27 000 m de tissu pour des chemises de travail).

Moyenmoutier : filature, tissage et blanchiment

Filature de 20000 broches, tissage de 300 métiers qui produisent le tissu éponge "Jalla" et une blanchisserie-teinturerie traitant la plus grande partie de la production des Vosges.

Rambervillers : filature et tissages ( Les Meules et Rond Pré)

Filature de 23000 broches et un tissage de 500 métiers d’où sortent 24 000 m de vichy chaque jour. Atelier de confection "Tissgarlux" et "Tissgar" qui occupait 300 ouvrières et transformaient en mouchoir le tissu en pièces fabriqué à Golbey. Ce tissu aux dessins et coloris très variés est coupé d’abord en longueur, par bandes. Les bandes étaient ensuite rouleautées sur des machines automatiques puis coupées en carrés. Il ne restait plus qu’à ourler les deux autres bords. Repassés, pliés, puis étiquetés, ces mouchoirs étaient finalement disposés dans leur cartonnage.

Saulcy-sur-Meurthe : tissage ayant appartenu à la famille Kempf.

Géroville : tissage

Mirecourt : atelier de confection.

Igney : Filature qui à l'origine, est une usine qui produit des des filés cardé et peignés et racheté par Boussac en 1934. et tissage 350 métiers
La Petite Raon et Moussey : Tissages tous deux étaient exploités pra la société "AB Seillière, Provensal et Cie".
Thaon  les Vosges : Filature et tissage ayant appartenu à la famille Cuny. Elle est cédée à Boussac en 1923 et possédait d'immenses ateliers de 31878 m².
Vincey : filature et tissage rachetée par Boussac en novembre 1938. Elle fermera en 1981.

Senones, Rambervillers Nomexy et Thaon les Vosges : magasins d'usine Ecotex.

Autres tissages et filatures ayant appartenu aussi à Boussac : Jussarupt (on y tissait les mouchoirs Tissgar connus dans le monde entier) Vagney et Rupt-sur-Moselle

Entreprise de travaux publics : Entreprise Collot rue des Soupirs à Epinal


Entreprise de transports : «  Garage Boussac » Nomexy


Les usines d'Alsace :

Haguenau : tissage de 300 mètres occupant 215 personnes, produisant quotidiennement 11000 mètres de "Zéphir" et de "Lavaclor".

Wesserling : manufacture d’impression où travaillent 950 employés et ouvriers pour les produits "Triumph" ainsi que le "Romanex", imprimé destiné à l’ameublement.

MIW : l’usine de Wesserling est conceptrice du traitement « No Iron » chemise infroissable


Drusenheim : seule usine qui traite la laine.


Les usines en Meurthe-et-Moselle :

Dombasle : bureau d’étude commune à toute la manufacture où est élaboré la mise au point industrielle des vêtements créés à Paris. Un atelier de confection produit les imperméables blizzand. Service social avec service médical et réfectoire.

Blainville : articles d’usage et de vêtement de travail, coutil et draps (pantalons), coutil pour vêtements de travail (marque FOR, bleu de travail, vestes (peintre, boucher-charcutier, barman), blouses grises, blouses blanches (médecin, laboratoire). Une centaine d’ouvriers. C’est la manufacture de Blainville qui a lancé la marque Blizzand, de la popeline imperméable en coton. En 1938, le marché de la popeline atteint par an, à peine 200 000 articles, en grande partie d’importation anglaise. Avec Boussac, ce marché va prendre une ampleur considérable et la vente dépasse certaines années 4 millions d’articles dont 1,4 pour la manufacture de Blainville. Par la suite, le tergal se substitue au coton. Consommation : 23 000 mètres de tissu par jour pour une production quotidienne de 15000 vêtements réalisés par 2200 ouvrières.

SIB Blainville : entreprise métallurgique fabrication de métiers à tisser BLB et BLBL pour le tissage de l’éponge ; fabrication également des pièces détachées pour toutes les machines textiles du groupe.

Lunéville : service de coupe industrielle où les vêtements sont coupés par 50 ou par 100 unités. Atelier de confection des imperméables pour hommes notamment.







Principales productions :


Lavaclor : écossais de coton fin, grand teint, blanchi en pièce et pratiquement sans retrait. C’est un article équilibré. Sa finesse le rend agréable au porter et plus facile à laver que les vichys courant. La régularité de son fil, sa solidité en font le tissu idéal pour la ménagère et le tablier d’école. Diversité de sa collection : 600 dessins d’inspiration mode et de coloris vifs expliquent sa vogue pour la robe blouse et la robe soleil. Excellent rapport qualité-prix.
En résumé : un vichy de luxe et zéphirs*.
Zéphir : tissu de coton façonné utilisé dans la confection de vêtements légers et de sous-vêtements.

Ghislaine : un écossais en fibre articielles traité "antifroiss" et pratiquement sans retrait, qui posséde une grande souplesse et la tenue qui lui valent un grand succès auprès des femmes : robes, jupes et corsages. Collection de 600 dessins renouvellée de saison en saison.

Mouchoir Tissgar : Fins et bien confectionnés, grand teint, les mouchoirs Tissgar existent dans des qualités très diverses qui vont du mouchoir courant au mouchoir le plus fin, soit en blanc, soit avec vignette ou fond fantaisie pour l’homme, la femme, l’enfant. 15 millions de mouchoirs sont vendus chaque année.

Loveline : Popeline* stabilisée.

*Popeline : tissu à chaîne de soie et à trame de laine, de lin ou de coton, qui a des petites côtes dans le sens de la largeur. Ou étoffe de coton, tissée en armure toile, formant des côtés dans le sens de la chaîne et comprenant beaucoup de plus de fils en trame qu'en chaîne.

*Noveltex : chemises. 100 000 chemises confection à Chateauroux (1000 salariés)

*Blizzand : imperméables.

Eponge « Griffe Jaune » fabriquée à Regny dans la Loire sur des métiers à tisser (peigne mobile) créés et fabriqués à Blainville(54)
   
                   BOUSSAC   CHATEAUROUX

Création Cent Mille - Les 100.000 Chemises
L'entreprise a traversé de nombreuses tempêtes, comme pratiquement toute la confection en France.
Installée en 1891 à Châteauroux, rue de Strasbourg, par une société financière fondée à Paris en 1871, cette grande entreprise va à contre-courant de l'orientation des industriels des dernières années du XIXème siècle, qui préfèrent le travail à domicile au travail en atelier.
Les ouvrières à domicile ont de bas salaires, mais leur travail est peu productif. En atelier, avec des machines perfectionnées, avec la division du travail, avec "un personnel de surveillance et d'encadrement", l'industriel accroît son efficacité.
On entre dans la forme capitaliste de l'entreprise qui doit investir d'importants capitaux pour les usines et les équipements.
En 1900, l'usine compte 500 salariés, et plus de 700 avant la première guerre mondiale.
A ceux-ci, on doit ajouter 300 ouvrières à domicile.
Les 100000 Chemises, Création Cent Mille aujourd'hui - crée en 1987 -, est une des rares entreprises qui subsistent dans le département de l'Indre.
La direction a su se libérer partiellement de son statut de sous-traitant, vendeur de main-d'oeuvre, pour devenir fabricant et lancer ses propres marques, dont la plus connue est "Fil â Fil"
Dans le même temps, Création Cent Mille a une licence Burberry's. Burberry's représente plus de 50 % du chiffre d'affaires.
Une force de l'entreprise : sa capacité à créer et à produire des ouvrages de qualité, en séries limitées, pour des clients exigeants, pour certaines marques prestigieuses, productions qui peuvent difficilement être délocalisées.
Cette forme d'activité de l'entreprise exprime une certaine clairvoyance puisqu'elle survit aujourd'hui, en l'an 2000, qu'elle a 220 salariés alors qu'elle en comptait 187 en 1987.


Boussac
1889 : Marcel Boussac est né à Châteauroux, d'un père industriel du textile et d'une mère poète et romancière. Très jeune, dès 1908, Marcel Boussac débute ses initiatives d'entrepreneur à Paris.
La légende situe sa formidable réussite dans le rachat à l'armée, du stock de toile d'avion après la guerre de 14. Il crée d'ailleurs une chaîne de magasins à l'enseigne "Toile d'avion".
Pendant la guerre 39-45, Marcel Boussac "fabrique de la fibranne, tissu artificiel, et constitue la société France rayonne."
Dans l'immédiat après-guerre, Boussac développe rapidement son parc d'usines, initialement situées dans l'est de la France, en particulier à Châteauroux (groupe Rousseau-Noveltex).
Il posséde, en 1948, une soixantaine d'usines, et utilise 70% du coton importé en France.
Les difficultés de Boussac s'accumulent dans la deuxième moitié de la décennie 70. L'âge, la priorité au coton à un moment de diversification des fibres textiles, l'éclectisme de ses intérêts - écuries de courses, journaux (l'Aurore), maisons de couture ( Pierre Clarence, Yves Saint-Laurent), en sont sans doute les causes.


                 BOLBEC   NORMANDIE 


  Si les usines Michelin décidaient un beau matin de fermer leurs portes, on imagine sans mal le vent d'inquiétude qui s'emparerait de Clermont-Ferrand : à une plus petite échelle, c'est la situation que connaît aujourd'hui une petite ville de Normandie, Bolbec, depuis que la plus importante entreprise de la localité, les établissements Desgenetais, propriété du groupe Boussac, a annoncé la cessation de ses activités. Un chiffre résume à lui seul la gravité de cette décision : l'usine Boussac fournissait à elle seule 25 % des emplois de la ville et, avec sa fermeture, un salarié sur 4, à Bolbec, risque de se retrouver au chômage. Ce n'est pas d'hier que « l'empire Boussac » est entré en agonie. Mais ici, c'est le 1er septembre, à leur retour de vacances que les employés de Boussac-Bolbec ont appris la nouvelle. Ce jour-là, la direction du groupe publiait un communiqué : en raison de la « crise économique qui affecte particulièrement l'industrie textile », elle a décidé la suppression de l'activité des établissements de Normandie » et des réductions d'horaires dans les établissements du groupe des Vosges et de l'Alsace ». En Normandie, les 980 personnes qui travaillaient dans ce qui est surnommé « la vallée Boussac » se retrouvent donc promises au chômage — en plus de son usine de Bolbec (724 salariés), Boussac possède deux usines dans des localités voisines, à Lillebonne (215 salariés) et à Caudebec-en-Caux (45 salariés). Et dans les Vosges, 6 000 personnes sont depuis lundi en chômage forcé pendant un mois. Mitterrand à 59% A Bolbec, où les fermetures d'usines se succèdent depuis des années, la fermeture de l'usine Boussac porte un coup fatal. Ce chef-lieu de canton de la Seine-Maritime, situé à une vingtaine de kilomètres du Havre, est en effet une ville qui connut son âge d'or avant guerre, grâce à l'industrie textile. Depuis, malgré une petite reprise dans les années 40, le textile périclite : des 6 000 emplois assurés par cette industrie en 1930, il n'en restait guère plus de 1 000... avant la fermeture de Boussac. Et si l'on se promène en ville avec un « ancien » du pays, on entend égrener les noms des entreprises qui ont disparu, Gillet-Tharon, Manchon-Lemaistre, bien d'autres encore, pendant que l'on vous montre du doigt les H.l.m., la piscine où «  avant, il y avait une usine à cet emplacement ». Aujourd'hui, si l'on poursuit sa promenade pendant un kilomètre sur la route de Languetot, à l'est de la ville, on se heurte à des grilles désormais fermées, derrière lesquelles on peut apercevoir un long alignement d'ateliers bas : l'usine Boussac. Déserte. Une des plus anciennes usines du groupe, ouverte en 1840, à l'époque des grandes manufactures. Comme ses voisines de Lillebonne et Caudebec-en-Caux, elle fournissait les articles très bon marché, comme !e fameux vichy, qui a servi de prétexte à la direction pour justifier les fermetures : « Devant l'introduction de produits du même type en provenance de pays en voie de développement, la compétition n'était plus possible ». Un argument qui soulève l’indignation des syndicalistes de la région ; « Boussac oublie de dire qu'il a lui-même investi une partie des profits réalisés ici dans les pays du Tiers-Monde où il savait trouver une main-d'œuvre bon marché », fait remarquer Paul Belhache, secrétaire de l'Union locale C.g.t. Et si la colère n'a pas encore gagné toute la ville, l'inquiétude y monte : chacun ici sait bien qu'avec la fermeture de Boussac, c'est l'essor, déjà compromis, de Bolbec qui est menacé. Les commerçants savent que leur chiffre d'affaires va baisser. Les petits artisans, qui travaillaient en grande partie grâce à Boussac, se voient ruinés. La municipalité s'inquiète de son budget, qui se trouvera amputé de 10 % si Boussac ferme. La manifestation organisée vendredi dernier à l'appel de Ia C.g.t. a d'ailleurs montré que le sort des salariés de Boussac n'était pas indifférent aux 13 000 habitants de Bolbec : sur tout le trajet parcouru par les manifestants, les rideaux de fer des boutiques étaient baissés. Si toute la ville n'est pas encore mobilisée autour de son usine, comme ce fut le cas pour Lip, Titan-Coder ou Râteau, les salariés de Boussac savent qu'ils peuvent compter sur la sympathie d'une population qui a voté pour François Mitterrand à 59 % lors des dernières élections présidentielles, et ils ont l'intention de se défendre. Ils savent surtout qu'ils ne trouveront pas d'autres emplois sur place. Il n'existe en effet à Bolbec qu'une seule autre entreprise d'une certaine importance : Oril, une usine chimique qui emploie 350 personnes, une main-d'œuvre surtout masculine et qualifiée, mais où l’embauche est arrêtée. Ils savent aussi qu'il y a déjà 1 000 demandeurs d'emploi à Bolbec même, et 40 000 chômeurs en Seine-Maritime, le chiffre le plus élevé jamais atteint dans le département depuis vingt ans. Le calcul a été fait : il y a eu 290 000 journées chômées en juin dans ce département qui compte 450 000 travailleurs. Et, surtout, les employés de Boussac sont attachés à leur emploi et à leur ville qu'ils n'ont aucune envie de quitter. Boussac-City Car, à Bolbec, on travaille chez Boussac de père en fils. Ou plutôt de mère en fille, puisque 60 % des salariés sont des femmes et 30 % des jeunes. La plupart sont d'origine ouvrière, plutôt que rurale : comme leurs grand-mères, elles ont pris place jeunes derrière les canettes (l'emblème de la ville) et y sont restées. Avec peu de qualification et pour des salaires de misère : entre 1 200 et 1 700 F. Plus souvent avec 1 200 F, d'ailleurs : 40 % du personnel gagnerait aujourd'hui 1 250 F pour 40 heures de travail, mais, déjà touché par des réductions d'horaires depuis quelque temps, beaucoup n'avaient à la fin du mois que 1 100 F pour 32 heures de travail. Il est courant de rencontrer ici une « fileuse » qui, après 42 ans de maison, gagne 1 400 F. Enfin, les menaces de fermeture sont encore rendues plus dramatiques par deux faits : il n'est pas rare d'être logé par Boussac ; et il n'est pas rare que toute une famille travaille pour Boussac. Comme beaucoup de vieilles entreprises de style paternaliste, Boussac avait en effet ses habitations ouvrières et, dans certaines régions, ses écoles. Ici, à Bolbec, tout un quartier appartient à Boussac : une chapelle, une crèche, une école, et des cités. 175 petites maisons d'un étage, où sont logés les ouvriers de la firme. Vont-ils, en même temps que leur emploi, perdre leur logement ? On peut le craindre. Quant aux familles dont plusieurs membres travaillent chez Boussac, on ne les compte plus. Si l'usine ferme, que deviendra par exemple cette famille où 10 personnes tiraient de là leurs revenus ? Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que la riposte s'organise. « Les usines Boussac ici sont viables, déclare Philippe Courseaux, secrétaire du syndicat C.g.t. de l'entreprise (la seule organisation représentée). Il n'y a pas d'autres solutions que le maintien en activité des trois usines, avec l'ensemble des effectifs, sans aucun licenciement. Et les grandes déclarations du préfet et du ministre du Travail sur d'éventuels reclassements sont purement démagogiques avec le nombre de chômeurs existant dans le département. Quant à dire que les licenciés bénéficieront de 90 % de leur salaire, c'est également un argument de mauvaise loi : sur les 40 000 chômeurs du département, 1 700 seulement ont cette ressource. » En début de semaine, une délégation des travailleurs est allée voir André Bettencourt, député de la circonscription, afin de demander des comptes à celui qui a été ministre à plusieurs reprises depuis 17 ans. Un comité de défense pour l'emploi qui comprendrait tes organisations syndicales, les partis de gauche et les organisations démocratiques est également en train de se créer. La partie, d'ailleurs, ne se joue pas uniquement à Bolbec: dans tout le groupe Boussac, en particulier dans les Vosges, on prévoit la riposte. «  Si Boussac a estimé qu'en frappant les usines de Normandie il pouvait démobiliser les autres centres, il s'est lourdement trompé, estime un représentant de la fédération C.g.t. du Textile. La réaction des usines des Vosges est révélatrice à cet égard : des dispositions ont immédiatement été prises pour faire pression auprès de la direction afin que les licenciements de Normandie soient annulés. Nous demandons par ailleurs une réunion paritaire avec la direction de Boussac et une rencontre avec le ministre de l'Industrie. » Car, à travers les mesures prises en Normandie, ce sont les 15 000 salariés du groupe Boussac qui se sentent menacés. N'est-ce pas le début de la fin d'un empire ? Telle est la question que chacun se pose aujourd'hui. On savait, depuis plusieurs années, que les affaires Boussac battaient de l'aile, après une formidable ascension. Parti de presque rien aux alentours de 1910, Marcel Boussac avait rapidement amassé une énorme fortune, atteignant en 1970 un chiffre d'affaires de 600 millions de francs, et bâti un formidable royaume où une centaine de sociétés s'imbriquaient de façon mystérieuse les unes dans les autres, selon des connexions souvent rendues inextricables par le goût qu'a du secret le vieil homme. De ces entreprises variées — de textile bien sûr, mais aussi de machines à laver (Bendix) à la banque en passant par la haute couture (Dior), la presse (« l'Aurore », « Paris-turf »), les écuries de courses et l'immobilier — Marcel Boussac a toujours voulu être le seul maître. Tenant ferme les rênes du pouvoir, officiellement aujourd'hui entre les mains de son neveu Jean-Claude, Marcel Boussac s'est bâti un domaine hyper-centralisé, où l'esprit d'initiative a fini par se tarir, tandis que lui-même ne voyait pas le monde changer autour de lui. Cela a mené le groupe Boussac où il en est aujourd'hui : un déficit estimé en mai 1974 à cent millions de francs, des stocks énormes de 450 millions de francs (plus de la moitié du chiffre d'affaires) et un endettement atteignant 180 millions de francs. L'exemple de Bolbec est à cet égard significatif : continuer à fabriquer un produit plus ou moins invendable, et constituer ainsi des stocks pesant lourdement sur la trésorerie de l'entreprise, qu'est-ce d'autre qu'une erreur de gestion ? Une erreur que l'on voudrait bien faire payer aux salariés normands. Comme d'autres salariés du groupe Boussac — et ils le sentent — risquent bien de payer un jour l'entêtement de celui que l'on a souvent comparé à un seigneur de l'industrie enfermé dans son donjon...


             BOUSSAC   SAINT  FRERES 

Marcel Boussac (1889-1980), fils d'un important négociant en textiles de Châteauroux est à l'origine du
groupe Boussac. Il crée à Paris en 1911 le Comptoir de l'industrie cotonnière (CIC), société de traitement et de
vente de textiles, qui prend une rapide extension dès avant la première guerre mondiale.
En 1913, il prend la direction (avec des parts importantes) de la Société d'impression des Vosges et de
Normandie, la plus grande manufacture de tissus imprimés en France. Pendant la guerre, chargé des fournitures
militaires à l'Intendance, il fait rouvrir les principales usines textiles des Vosges et crée une société de navigation
pour l'importation des matières premières.
En 1917, Marcel Boussac crée la Société générale du coton industriel (SOCO) pour l'exploitation des déchets.
En 1917, le CIC devient société anonyme et prend le contrôle de plusieurs filatures et tissages des Vosges.
Les Manufactures de Senones dans les Vosges, autre société-mère du groupe, sont achetées en presque
totalité en 1920 (voir fonds Manufactures de Senones). C'est la plus grosse affaire de filature, tissage et
blanchiment de coton en France.
De 1920 à 1926, Boussac se consacre en priorité à l'organisation de ses deux principales sociétés (CIC et
Senones). Il crée des usines d'égrenage, de manutention, en appliquant des méthodes de taylorisation. C'est
aussi de cette époque que datent les premières sociétés du groupe en Afrique et en Orient.
Vers 1920, Boussac achète les Etablissements Rousseau, qui sont la plus grande manufacture de chemises en
France. Hors du secteur cotonnier, il achète la manufacture de laine cardée de Drusenheim dans le Bas-Rhin
(1920) et d'importantes parts dans la "Soie Vauban" (1922).
En 1925, Boussac prend le contrôle, par l'intermédiaire du CIC, de l'usine polonaise de Zyrardow, qui traite non
seulement le coton mais aussi le lin et le métis (tissage lin-coton). L'affaire polonaise se terminera en 1936 après
un retentissant procès.
En 1929, c'est l'acquisition des Manufactures de confection du Centre (Châteauroux), spécialisées dans les
vêtements de travail.
En 1935, Boussac achète la chaîne parisienne de magasins de tissus "Le Pauvre Jacques" (ancienne
Compagnie commerciale des pays du Nord). Rebaptisée "A la Toile d'Avion", elle devient le principal organe de
vente du CIC. En 1936, c'est le rachat des établissements Jalla (tissus éponge)

A la veille de la seconde guerre mondiale, l'affaire Boussac est solidement structurée :
- Le CIC, au départ spécialisé dans l'écru, a étendu son activité aux cotons de couleur et imprimés : filature,
tissage, teinture en fil et en bourre, apprêt, grattage. Il possède des comptoirs de vente et contrôle une vingtaine
de sociétés.
- Les Manufactures de Senones traitent le "blanc classique" : filature, tissage, blanchiment et impression. Le
tissage de Julienrupt, rattaché à Senones, se spécialise dans le linge de maison en métis et en lin. Senones
compte une dizaine de sociétés.
- La Société générale du coton industriel (SOCO) et ses filiales traitent les déchets de coton produits par les
filatures pour les transformer en ouates.
- D'autres établissements du groupe jouent un rôle important dans la production, mais ne sont pas rattachés à
ces sociétés-mères ; ils font partie des "indépendants" : ce sont la filature vosgienne de Drusenheim, spécialisée
dans la laine cardée ; la manufacture de Châteauroux et la manufacture Rousseau de Paris, fabriquant
respectivement des vêtements de travail et des chemises ; et les établissements normands Desgenetais qui
seront fournisseurs de tissus militaires pour l'Intendance pendant la seconde guerre mondiale.
A ces principales affaires il faut ajouter un certain nombre de sociétés de moindre envergure rattachées au
groupe Boussac : en 1946, c'est au total 57 sociétés que comprend le groupe. Ce sont en majorité des sociétés
de production et de vente de textile en métropole et outre-mer, auxquelles s'ajoutent quelques sociétés de
gestion immobilière ou financière et une revue (Les Cahiers de la Jeunesse).
En 1947, le CIC se transforme en SARL, avec pour actionnaire unique Boussac. Le CIC regroupe dès lors sous
son contrôle l'ensemble des sociétés du groupe.
A l'issue de la guerre, le nombre des sociétés s'accroît très rapidement, et leurs activités se diversifient. Avec la
création de Dior en 1947, on est encore dans le secteur textile ; mais cette création est suivie de celle de la
société Parfums Dior. En 1946, Boussac crée Bendix Français ; en 1952, la Cie Electro-domestique. L'édition est
un autre secteur d'activités : journal "L'Aurore" et ses satellites (1951), éditions Robeyr dirigées par Robert
Boussac (1952), journal "Le Petit Parisien" (1956). Ce contrôle de la grande presse, qui vient s'ajouter au quasimonopole
de la fabrication et de la vente des tissus, marque l'apogée de l'"empire Boussac". On voit se multiplier
au sein du groupe des sociétés civiles mobilières et immobilières qui n'ont pour objet que l'achat et la gestion de
biens appartenant à M. Boussac ou à son groupe : immeubles, haras, avions, au total près de 30 sociétés entre
1946 et 1960. Les sociétés étaient numérotées à leur entrée dans le groupe ; le dernier numéro d'entrée relevé
dans les archives est 110 (Société textile et cotonnière de Dakar). Le groupe, dès sa création, fonctionne de
façon "pyramidale", M. Boussac contrôlant de très près les activités de ses sociétés par l'intermédiaire d'un
fondé de pouvoirs, M.Roy, d'une attachée, Mme Helbois, et de collaborateurs dont certains sont des membres
de sa famille : ses frères Robert et Raymond, son beau-frère M. Aupetit, toute information remontant au sommet
sous forme de "notes à M. Marcel". Cette forte personnalisation de l'entreprise implique qu'il est souvent difficile
de distinguer les biens propres de l'industriel des biens de ses sociétés, et que certains procès d'affaires
prendront l'apparence de procès contre la personne (affaire Weil, affaire des actions Rousseau, affaire
Zyrardow, affaire Lazurick-l'Aurore).
En 1978, le groupe Boussac est racheté pour 700 millions par le groupe Agache-Willot, par le biais de la société
Saint Frères. C'est la création de la société Boussac-Saint Frères, filiale qui réunit les activités industrielles
d'Agache-Willot, et dont le siège social est à Lille. En 1981, un an après la mort de Marcel Boussac, Boussac-
Saint Frères puis le holding Agache-Willot sont mis en règlement judiciaire, cette mesure concernant 80 usines
réparties dans les Vosges, le Nord et la Normandie (22 000 salariés). Après un imbroglio juridique de plus de 3
ans, pendant lequel l'Etat soutient la poursuite des activités de Boussac-Saint Frères par le biais de l'Institut de
Développement industriel, le groupe immobilier Ferret-Savinel et un consortium bancaire reprennent la majoritédu holding.
  
         BOUSSAC  LE CHATEAU DE MIVOISIN 

le domaine reste une des plus grandes chasses et l'une des plus grandes propriétés agricoles d'Europe. raconte la fabuleuse genèse d'un empire qui perdure et a profondément marqué l'histoire, la géographie, la politique et l'économie, pas seulement locales.
Marcel Boussac a 3 ans quand sa mère quitte son mari pour partir avec le poète Catulle Mendès. Après de brèves études, il travaille avec son père, drapier à Châteauroux. Il a déjà de l'argent quand il "monte à Paris". En 1910, il y innove en lançant pour les habits féminins, la mode des tissus de couleurs vives qu'il se procure auprès des filatures des Vosges. Le succès est au rendez-vous : il achète sa première Rolls en 1913 et possède son premier cheval en 1914.

Pendant la Première Guerre mondiale, qu'il fait à l'arrière, il se lance dans l'importation du coton, la vente de tissu à l'armée, la fabrication de masques à gaz et de toile de parachute, grâce à l'usine qu'il a achetée à Nomexy, dans les Vosges.
En 1917, avec des politiques et des financiers, il fonde le Comptoir de l'industrie cotonnière. Il rachète douze usines dans les Vosges et une gigantesque filature en Pologne. Avec ses surplus de tissu militaire, il créée une ligne de vêtements réputés inusables vendus dans ses magasins " À la toile d'avion". C'est la fortune.
Il profite de la crise de 1929 pour racheter à vil prix des entreprises textiles en faillite. Il multiplie et soigne déjà les amitiés politiques tous azimuts : à Clémenceau ont succédé Pierre-Étienne Flandin, Léon Blum, Georges Bonnet, Vincent Auriol…
Il invente les chemises à carreaux et les pyjamas. Il dirige désormais la première entreprise textile de France et triomphe également sur les champs de course qui le passionnent, en France puis en Grande Bretagne. Casaque orange, toque grise, les chevaux de ses haras normands de Fresnay-le-Buffart multiplient les victoires dans la course du Jockey-Club.
Il devient le premier roturier président de la Société hippique d'encouragement.
En 1939, il épouse la cantatrice Fanny Heldy, qu'il aime et courtise à l'Opéra depuis la Première guerre mondiale.
Il poursuit sa production pendant la Seconde Guerre mais a moins de débouchés. Il accumule les stocks qu'il écoulera à son plus grand profit à la Libération.
Il achète pendant la guerre le haras de Jardy, près de Versailles, puis l'hippodrome de Saint-Cloud.
À la Libération, où malgré quelques amitiés allemandes ou vichyssoises il parviendra à ne pas être inquiété (il est vrai qu'il avait continué à payer ses ouvriers prisonniers de guerre ou déportés), il lance Christian Dior et sa mode "new look" qui va triompher en France comme aux USA.

L’implantation de l’usine JALLA à Régny

En décembre 1871 Mrs BINDER et JALLA créent à Régny une usine de tissu Éponge. Équipée de métiers à bras. C'est alors la première entreprise Française pour la fabrication de serviettes et de tissus en éponge.
En 1872, les 50 ouvriers des Etablissements BINDER et JALLA produisent mensuellement 2 tonnes de tissu ou articles bouclés toujours tissés sur des métiers à bras.

Dans un premier temps les articles, son destinés aux établissements thermaux.

Ce n’est que vers 1900, que les articles sont vendus au grand public.

En 1911 la production avoisine 25 tonnes par mois. Le personnel s'élève à environ 300 personnes dont de nombreux enfants
Entre 1931 et 1936 suite à de graves difficultés financières et des dettes de Jeu des chefs de la société. Les Etablissements Jalla sont cédés au groupe cotonnier BOUSSAC en 1936 lors d’une vente à la chandelle.

En 1937 Naissance des premières serviettes à décor jacquard

En 1956 Jalla construit sa renommée grâce à l'introduction de la couleur dans le linge de maison, traditionnellement blanc.

La filature d'Aumontzey a été modernisée. Les renvideurs sont remplacés par 46 continus à filer la chaîne et la trame. Le nombre de broches s'élève alors à 21 384. En 1939 une section de préparation du tissage est organisée avec 2 bobinoirs automatiques et un ourdissoir.
La filature d'Aumontzey subira les vicissitudes de la Seconde Guerre Mondiale. En 1944, après le débarquement des alliés, ses bâtiments furent bombardés par les allemands ... puis par les troupes américaines croyant que l'usine abritait des ennemis. En octobre 1944 la filature était entièrement détruite.

En 1962, le groupe Willot rachète cette entreprise. Elle appartient ensuite au groupe Boussac-Willot lors du rachat, en 1979, de Boussac par Willot. A cette époque la filature d'Aumonzey produit 300 tonnes de filés par mois et emploie 150 personnes.

En 1981, après le dépôt de bilan de "Boussac Saint-Frères, la filature d'Aumontzey est reprise par le groupe C.B.S.F..
En 1984, le tissage d'Aumontzey est créé. Le site de production rejoint V.E.V. Prouvost en 1988, puis le groupe Zucchi Bassetti en 1990, à l'intérieur de la société JALLA S.A.

Le 28 décembre 1998 JALLA fusionne avec la société DESCAMPS SA.




 Sources : JPI  et du  Net .
Photos  : JPI et du Net.

3 commentaires:

  1. En hommage aussi à ces milliers d'ouvriers, agents de maitrise, employés, techniciens et cadres qui ont fait de Boussac un joyau de l'industrie textile.Honte à ces financiers, ces dirigeants, ces politiques (pas tous) , qui n'ont rien fait pour sauver ce joyau.
    "On ne quitte pas sans amertume une entreprise dans laquelle on a passé 42 années de sa vie"

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  2. C'est grâce à de récentes émissions télévisées que je viens de prendre conscience que la majorité de nos textiles venaient de très loin y compris des pays qui ne respectent pas nos normes européennes. Aujourd'hui, je recherche uniquement la fabrication française, le reste c'est terminé pour moi. Je préfère vivre avec ce que j'ai acheté au fil des ans.

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